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La recette Rahhou pour remettre d’aplomb le CIH

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Entretien réalisé par l'Economiste avec le président-directeur général du groupe

L'Arrivée d’Ahmed Rahhou à la tête du CIH sera sans doute l’un des meilleurs castings dans l’histoire du groupe. Réputé à la fois pour ses qualités managériales et techniques, l’ancien patron de Lesieur et haut cadre de Crédit du Maroc, est également un homme de consensus. Qualités qui semblent d’ores et déjà mises à contribution pour les chantiers en cours au sein du groupe bancaire. Santé financière, gouvernance, rapport avec les actionnaires…

Dans cet entretien, il détaille les enjeux des principaux dossiers et explique pourquoi le CIH a des gisements de croissance.

 

 

- L'Economiste: A la lumière des derniers résultats publiés par la banque, le redressement semble difficile?

- Ahmed Rahhou: Les résultats 2009 sont effectivement en baisse par rapport à ceux de 2008, aussi bien pour les comptes sociaux que consolidés. Une partie de l'explication vient du fait qu'au CIH, le volet non récurrent, lié à la récupération des créances anciennes, est important et ne joue pas de la même manière d'une année sur l'autre. L'année 2007 et 2008 ont connu des retours sur certains dossiers avec des montants de récupération relativement significatifs, qui ont eu un impact positif sur les résultats et par conséquent sur les performances de la banque ainsi que sur le renforcement des fonds propres. Pour l'année 2009, ce paramètre a moins joué. Nous avons eu également en termes de charge quelques arbitrages à faire, notamment sur les chantiers informatiques et sur les risques opérationnels où nous avons dû constater des provisions sur des charges. En activité récurrente, l'année n'est pas très bonne mais n'est pas mauvaise non plus. La rentabilité des fonds propres enregistrée est tout de même de 9%. Ce n'est évidemment pas le niveau souhaité par le management ou les actionnaires mais nous ne pouvons affirmer non plus que ce soit négatif. Sur les comptes consolidés, il y a eu un alignement plus prudent entre le mode de provisionnement IFRS et le mode de provisionnement social qui ne sont pas tout à fait les mêmes. Nous avons procédé à un ajustement aux normes IFRS, ce qui a tiré un peu le résultat vers le bas par rapport au social. Il y a aussi l'activité hôtelière qui a été négative ce qui a impacté les résultats consolidés du groupe sachant que l'hôtellerie n'est pas censée rester longtemps dans le giron de la banque.

 

- Justement, qu'est-ce qui est prévu pour l'hôtellerie?

- Notre volonté clairement affichée est de dire nous ne sommes pas là pour gérer les hôtels. Ces activités n'ont pas vocation à rester dans le périmètre de la banque. Nous travaillons là-dessus pour voir dans quelles conditions et selon quelles modalités nous pourrions faire sortir ces actifs du bilan de la banque. La décision stratégique de sortir ces actifs est déjà prise.

 

- Le scénario le plus probable?

- Je dirais plutôt le scénario espéré est une cession. Bien entendu, tout dépend des conjonctures de marché. Nous ne sommes pas là pour brader nos actifs. Si le marché n'est pas porteur, nous attendrons des jours meilleurs.

 

- Où en êtes-vous pour la récupération des créances en souffrance?

- Le recouvrement et le contentieux font partie de l'activité normale des banques. Ce qu'on ne maîtrise pas c'est le timing. Le contentieux prend du temps car il faut tenir compte des procédures judiciaires, des procédures de vente de gage, des discussions pour des solutions amiables éventuelles. Une certitude: il y a du potentiel de récupération significatif sur ces créances.

 

- Il y a tout de même 5 milliards de DH dehors?

- Nous avons isolé en effet une centaine de dossiers pour un peu moins de 5 milliards de DH que nous avons confié à une direction spécialisée pour le recouvrement. Il faut dire que ces 5 milliards de DH sont relativement bien couverts par des garanties. Je précise que nous faisons aujourd'hui une distinction entre dossiers anciens et dossiers relevant de la banque courante. Cet isolement de créances anciennes dans une direction à part évite de polluer l'activité normale et récurrente de la banque. C'est sur ces bases-là que nous présenterons désormais nos résultats. Sachant que la partie qui viendrait du recouvrement serait isolée, dans un souci de transparence.

 

- Comment vous composez avec les grands dossiers qui continuent de plomber la banque?

- Les grands dossiers relèvent plutôt de la gestion du passé. Les montants bruts des créances se chiffrent à quelques dizaines, parfois à quelques centaines de millions de DH mais sur lesquels le provisionnement a été fait et les solutions sont attendues soit à la barre des tribunaux soit à l'amiable. Maintenant concernant l'activité courante de la banque, je dirais que nous n'avons pas un niveau de risques tout à fait acceptable par rapport à notre périmètre d’activité.

 

- Pas de risques importants? Même pas pour l'affaire Karachkou et Abdelfettah Bargach?

- Je n'aime pas parler du détail des dossiers. Car ceci relève de procédures judiciaires. Tout ce que je peux dire c'est que nous nous réservons le droit de défendre nos intérêts, tous nos intérêts. Nous sommes réceptifs à tout scénario d'arrangement amiable mais toujours en veillant à l'intérêt de la banque. Bien évidemment lorsque certaines solutions amiables permettent la survie des affaires, c'est un argument supplémentaire que nous prenons en compte.

 

- La gouvernance au CIH, un thème qui fait toujours jaser?

- Nous avons beaucoup travaillé sur la gouvernance. C'est même l'un des chantiers qui ont pris beaucoup de temps avec les équipes du CIH. Ce qu'il faut retenir c'est que nous construisons un système basé sur trois grands principes qui vont se décliner sur l'ensemble des systèmes aussi bien de l'octroi de crédit, de gestion des risques, de délégation de signatures, d'achat, de signature d'actes notariés, etc.

Le premier principe, c'est la transparence qui doit imprégner l'ensemble des décisions internes.

Deuxième principe: la collégialité. C'est-à-dire les décisions se prennent dans des comités spécialisés et non par des individus. Sur la partie risque par exemple tout dossier doit être examiné et vu par au moins deux personnes, qui doivent avoir des fonctions différentes.

Enfin troisième principe: la traçabilité et l'auditabilité, les dossiers et les décisions doivent être formalisées et motivées.

En matière de gouvernance le CIH s'est doté de règles qui lui permettent d'aborder son développement dans de bonnes conditions, ce développement étant d'ailleurs orienté vers l'universalité du métier, c'est-à-dire aller d'une banque mono métier vers une banque universelle dans des conditions de maîtrise qui soient professionnelles.

Je veux être rassurant sur la pérennité de la banque et sa capacité à relever ce défi. Je crois fondamentalement qu'il y a les ressorts pour faire de cette banque un établissement performant sur ses métiers de base et en même temps innovant sur ses métiers nouveaux.

 

- Et les rapports avec les actionnaires?

- Nous avons la chance d'avoir un actionnaire fort qui est la CDG à qui je rends hommage. C'est grâce à la CDG que le CIH a pu régler ses problèmes passés et a trouvé quelqu'un pour le soutenir et apporter les fonds nécessaires pour sa survie. Avec l’actionnaire Groupe BPCE, nous travaillons pour le développement de toute une série de partenariats et de synergies.

 

- Après l'abandon de la configuration conseil de surveillance-directoire, quelle est votre marge de manœuvre?

- La mise en place d'un conseil d'administration avec un PDG est d'un apport certain. Nous travaillons en synergie totale avec les actionnaires et avec des prérogatives claires entre ce qui relève du conseil, du management, ou encore des comités spécialisés, émanation du conseil. A ce titre, je rappelle que nous avons trois comités qui relèvent du Conseil d’administration: stratégique, d'audit et enfin de rémunération et de nomination.

Aujourd'hui, la répartition des rôles a été beaucoup plus clairement indiquée avec encore une fois ce souci constant de collégialité. Par exemple, les délégations qui sont confiées au président s'exercent dans des comités internes en présence des responsables d'engagements, commerciaux, audit, etc. Pour les recrutements, les décisions relèvent du comité administratif où sont présents les principaux dirigeants de la banque. Les candidatures sont examinées à l'aune de l'intérêt de la banque et de l'adéquation du profil par rapport au poste. Quant aux recrutements à très haut niveau, c'est-à-dire les directeurs généraux, ou adjoints, ils sont soumis aux membres du conseil concerné pour validation.

 

- Le CIH opère historiquement dans l'immobilier, quelle est votre analyse du comportement de ce marché?

- Il est important de rappeler que beaucoup de Marocains ont eu affaire à un moment ou à un autre au CIH et je suis heureux de constater que nous avons aidé beaucoup de promoteurs à réaliser leurs programmes et beaucoup de Marocains à devenir propriétaires de leurs logements. La demande reste malgré tout importante. Nous estimons le déficit de logements à peu près un million de logements et les besoins nouveaux aux alentours de 100.000 pour les ménages qui arrivent sur le marché.

Pour le marché de l’immobilier et de la construction, il y a donc des perspectives pour les 30 prochaines années. Nous allons incontestablement accompagner ce mouvement-là.

Maintenant sur la situation réelle du marché, puisque c'est l'objet de votre question, nous ne sommes pas dans la situation de l'Espagne ou d'autres pays qui ont connu des bulles. Il y a sans doute des méventes sur certains programmes de logement haut standing et logements secondaires, comme il y a également un ralentissement de production, dû au fait des changements des modes de soutien de l'Etat et qui a nécessité une période de réadaptation.

Mais ce ralentissement ne doit pas inquiéter outre mesure. 2009 et 2010 seront des années de production faible mais je pense qu'à partir de fin 2010 nous attendons un retour et 2011 devrait être une bonne année.

 

- Des promoteurs en difficultés?

- Nous surveillons toujours nos clients. Maintenant lorsqu'il y a des ralentissements, il y a des problèmes de liquidité dans la mesure où il faut faire des arbitrages entre les programmes qui devaient être lancés et qui ne le sont pas ou encore des programmes qui devaient être achevés et qui prennent plus de temps pour être débouclés. Nous conseillons à nos clients d'être plus prudents et de s'assurer de la visibilité de leurs programmes. Nous recommandons fortement la vente sur plan avant de se lancer dans la réalisation de manière à ne pas se trouver piégé.

 

- Le comportement du titre CIH en Bourse est souvent erratique, comment l’expliquez-vous?

- J'ai l'habitude de ne pas commenter le comportement du cours. D'autant que les anticipations de certains acteurs sur une situation le sont souvent à des volumes faibles. A mon sens c'est surtout l'élément structurel qui devrait conditionner une analyse. Pour en revenir au CIH, tout ce que je peux vous dire c'est que nous allons travailler sur les fondamentaux pour les amener à des niveaux acceptables pour la profession, et sur notre engagement à continuer à servir à nos actionnaires une rémunération suffisante en dividendes, ce que nous avons fait cette année.

 

Le titre en Bourse: Surveiller surtout les fondamentaux

SI le comportement du titre CIH en Bourse est souvent erratique, Rahhou reste prudent lorsqu’il s’agit d’en cerner les raisons. «J’ai l’habitude de ne pas commenter le comportement du cours. D’autant que les anticipations de certains acteurs sur une situation le sont souvent à des volumes faibles», affirme-t-il.

Pour le PDG du CIH, c’est surtout l’élément structurel qui devrait conditionner une analyse. «Tout ce que je peux vous dire c’est que nous allons travailler sur les fondamentaux et sur notre engagement à leur servir une rémunération en dividendes, ce que nous avons fait cette année».

 

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