Pour une première tentative, c’est un véritable succès. La Caravane de l’export en Afrique de l’Ouest, initiée par Maroc Export à travers le Sénégal, le Mali et la Côte d’Ivoire, du 13 au 19 décembre, a permis de prospecter des opportunités d’affaires sur ces trois marchés.
Au terme de ce périple, mêmes les primo-exportateurs, soit plus des 2/3 des 70 entreprises formant la caravane, ont eu des contacts intéressants. Les équipes du ministère du Commerce et de Maroc Export, dans le rôle de facilitateurs d’affaires, ont fourni l’appui nécessaire, les conseils et l’orientation pour permettre aux entreprises du voyage de faire connaître leur potentiel. En retour, elles ont été plébiscitées par les caravaniers. Pour sa première sortie commerciale à l’international, Abdellatif Benider, DG d’Insoft (solutions de paiement mobile), se dit agréablement surpris. Il apprécie «qu’une telle initiative vienne de l’administration publique et non pas des opérateurs économiques». Pour lui, comme pour tous les primo-exportateurs, cette initiative a permis de toucher du doigt ce que l’on a de cesse de reprocher aux Marocains: tourner le dos à l’Afrique. Le responsable commercial de Novelli Pumps (fabricant d’électropompes), Youssef Mohadab, qui a pris l’initiative de remercier publiquement les organisateurs de la caravane dans l’avion du retour, a appelé à «s’inspirer des exemples d’Attijariwafa bank, de BMCE Capital, d’IB Maroc, de CBI et d’autres entreprises éclaireur marocaines en Afrique». Le «yes we can» du président américain, Barack Obama, semble habiter subitement ces nouveaux exportateurs. Et les belles affaires conclues sur les trois étapes de la caravane ont donné un coup de fouet au moral. Finalement, même la Côte d’Ivoire, réputée très difficile, s’est révélée très opportune pour les 70 entreprises du voyage des 6 secteurs (banque et services financiers, agroalimentaire, BTP et équipements, chimie et produits pharmaceutiques, électricité et TI).
Mais en retour qu’attendent ces pays africains?
Pour en avoir le cœur net, au-delà des résultats de prospection de Maroc Export procédant à la sélection des 6 secteurs ci-cités, le ministre du Commerce, Abdellatif Maâzouz, en VRP, présent sur toutes les étapes, a posé la question à ses homologues sénégalais, maliens et ivoiriens: «Qu’est-ce qu’on peut faire ensemble»?
Dans les trois pays, les aspirations sont presque les mêmes. Au Sénégal, les besoins ont pour nom électricité, pharmacie et TI. Attentes confortées par le contrat signé d’un montant de 1 million de dollars avec les Impôts et Domaines du Sénégal par CBI Sénégal. Au Mali, en plus des TI et la pharmacie, les ministres ayant reçu Maâzouz disent clairement vouloir s’inspirer de l’expertise marocaine dans l’agro-industrie et le BTP. En Côte d’Ivoire, ils étaient 5 ministres et le patron des patrons à souhaiter développer du business avec le Maroc dans les TI, pharmacie, électricité et le BTP. A terme, la Caravane a permis de «booker» plus de 2.000 rendez-vous d’affaires et la finalisation de certains gros contrats.
Fortunes diverses
· Sénégal: Des marchés à prendre dans le tertiaire
Le Sénégal évoque d’abord pour les Marocains des liens spirituels et des valeurs communes. Le secteur tertiaire dans ce pays est un attrait certain. Il a contribué à hauteur de 64,5% au PIB en 2008. Le cadre juridique bilatéral (54 accords couvrant presque tous les secteurs), dont l’exonération des droits d’importation pour les produits de base originaires de 34 d’Afrique parmi lesquels le Sénégal. La 1re destination des investissements marocains à l’étranger avec 1,43 milliard de DH en 2008. Les grands chantiers de l’Etat offrent des opportunités BTP, services ingénierie, habitat social… La notation pays par la Coface est B pour environnement des affaires moyen.
Le moins pour ce pays, porte d’entrée du business marocain sur le marché africain, ce sont les retards de paiement de l’Etat qui ont perturbé le secteur privé. Plus d’une cinquantaine d’entreprises marocaines y sont installées. Le monopole de Royal Air Maroc sur cette destination la rend moins accessible pour un homme d’affaires, en plus de tarifs assez élevés. Pour le même temps de vol qu’un Casablanca-Paris, on paie quasiment deux fois plus cher pour se rendre à Dakar. Et, qui plus est, les deux vols quotidiens sont nocturnes.
L’absence de liaison maritime directe, l’irrégularité des lignes ou encore l’absence de cadre juridique incitatif. En cause, la suspension de l’accord commercial préférentiel de 1981, suite à l’entrée en vigueur du tarif extérieur commun (TEC) de l’Union économique monétaire ouest-africaine (UEMOA).
· Mali: Pharmacie, agro-industrie… les secteurs qui marchent
Dans ce pays longtemps abandonné au profit des entreprises algériennes et libyennes, où tout est à faire, se révèle être une destination d’affaires intéressante pour les opérateurs marocains. Ses principales importations sont des produits alimentaires, biens d’équipements miniers, pétroles et énergie. Son PIB est formé à hauteur de 38,5% par le tertiaire, 37% le primaire et 24,5% le secondaire.
Comme le Sénégal, le Mali est membre de l’UEMOA. A ce titre, il est soumis au TEC. Les seuls avantages connus à ce jour pour faire du business avec ce pays, c’est le cadre juridique: accords commerciaux surtout. Ou encore le projet de faisabilité d’une société mixte de trading maroco-malienne impliquant, d’un côté, l’actuel CMPE, donc Maroc Export, et l’Asmex, et de l’autre, leurs homologues maliens. Un mémorandum d’entente relatif à la coopération industriel est toujours en examen par la partie malienne.
Les faiblesses sur cette destination ont également pour nom inaccessibilité (monopole de Royal Air Maroc), absence de moyens de transport et de moyens logistiques et de suivi des actions de promotion de la coopération bilatérale. Ce pays noté C par la Coface donne à voir un environnement des affaires difficile mais pas insurmontable. Les autorités maliennes ont fait montre de pragmatisme lors du passage de la caravane de l’export. Ils ont soumis une liste de demandes à Abdellatif Maâzouz, ministre du Commerce extérieur. Les entreprises marocaines de TI, le secteur de la pharmacie, l’agro-industrie et le BTP sont fortement sollicités dans ce pays.
· Côte d’Ivoire: Banque, immobilier… les pistes
C’est la destination d’affaires la moins évidente pour les Marocains, il y a encore peu. La note de la Coface, C, pour environnement des affaires difficile n’y change rien. Ce marché de plus de 19 millions de consommateurs est membre de l’UEMOA. Le tertiaire forme pour 46,4% le PIB de la Côte d’Ivoire en 2008, suivi du secondaire 28,4% et du primaire 25,1%. Le plus serait l’aboutissement de l’accord commercial et d’investissement avec l’UEMOA dont elle est membre qui est en cours de négociation. La prise de participation d’Afriquia dans Pétro-Ivoire de 45% ou encore de 36% de Simgaz (fabrication de bouteilles à gaz pour la sous région). La présence du groupe Miloud Chaâbi dans le logement (6.000 unités) et la prise de participation dans le CIH ivoirien de 10% ouvraient la voie aux entreprises marocaines dans ce pays. Les deux récentes affaires signées Attijariwafabank et IB Maroc (voir L’Economiste du 22 décembre 2009) ont fini de faire de ce pays une véritable destination du business marocain. Reste à régler les mêmes problèmes de monopole de RAM dans le transport aérien, l’absence de liaison maritime directe…













